ECONOMIE

Louisiane : un débat renouvelé autour du captage du carbone

L'Etat voit dans le captage et stockage du carbone (CSC) un moyen de réduire des émissions industrielles parmi les plus élevées du pays.
Par JC Jabouin - Asteurla.com, Lundi 2 février 2026

Canalisation CSC carbone

Crédit : image de Pixabay

La Louisiane voit dans le captage et stockage du carbone (CSC) un moyen de réduire des émissions industrielles parmi les plus élevées du pays tout en préservant des secteurs clés comme la pétrochimie ou l’hydrogène. Les projets reposent sur l’injection de CO2 dans des formations profondes via des puits de classe VI, une technologie que l’État juge adaptée à sa géologie et à ses infrastructures existantes. Les promoteurs mettent en avant des emplois, des recettes fiscales et la possibilité de maintenir une économie industrielle tout en limitant l’impact climatique. Mais cette vision se heurte à une histoire environnementale marquée par la pollution, à une confiance fragile envers les autorités et à des inquiétudes locales concernant l’eau, les sols et les paysages.

Dans plusieurs paroisses, l’opposition s’est traduite par des moratoires, des ordonnances temporaires ou des demandes de contrôle accru, notamment autour de l’aquifère de Chicot ou du lac Maurepas. Les critiques portent sur les risques hydrologiques, les pipelines, la sismicité ou l’industrialisation d’espaces naturels. Cette mobilisation a modifié le paysage politique : des élus républicains, traditionnellement proches de l’industrie, soutiennent désormais des projets de loi renforçant la réglementation, la transparence ou le rôle des collectivités. Le gouverneur Jeff Landry a ordonné une suspension temporaire des nouvelles demandes d’autorisation pour réexaminer les procédures. Parallèlement, des recours judiciaires contestent tant les restrictions locales que les pouvoirs d’expropriation de l’État, créant une incertitude pour les investisseurs.

Les spécialistes du CSC soulignent que les formations profondes sont étudiées depuis longtemps et que les normes fédérales encadrent strictement les puits de classe VI, réduisant la probabilité de fuites majeures. Ils rappellent que, pour des secteurs difficiles à décarboner, le CSC reste l’un des rares outils disponibles à court terme. À l’inverse, des organisations environnementales estiment que la technologie prolonge l’usage des combustibles fossiles et concentre les risques dans des régions déjà exposées, soulevant des questions de justice environnementale. Le conflit autour du deuxième puit illustre un phénomène plus large : même des projets bas carbone peuvent être contestés lorsqu’ils sont perçus comme imposés, dans un contexte de faible confiance institutionnelle et de préoccupations foncières.

En France, la capture et le stockage du carbone (CCUS) s’inscrivent dans une stratégie nationale lancée en 2024 pour atteindre la neutralité carbone, avec des premiers déploiements prévus d’ici 2030 dans les secteurs cimentier, sidérurgique et chimique. Les projets structurants, comme GOCO2, prévoient de transporter le CO2 capté sur plusieurs centaines de kilomètres vers des stockages en mer du Nord, soutenus par des accords avec la Norvège et le Danemark. Cette montée en puissance suscite toutefois des inquiétudes locales : impacts des canalisations sur les sols et la biodiversité, risques technologiques, servitudes foncières et interrogations sur la durabilité du stockage. Les pouvoirs publics défendent un outil ciblé pour les émissions résiduelles, tandis que des ONG dénoncent un coût élevé et un risque de prolonger les modèles industriels actuels.

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