ENVIRONNEMENT

Retour sur la décision de la Cour suprême et la responsabilité des pétroliers

La décision procédurale de la Cour suprême fragilise les poursuites locales visant à financer la restauration du littoral en Louisiane.
Brève par JC Jabouin - Asteurla.com, Vendredi 1er mai 2026

Marais Bayou de Louisiane

Crédit : image par Pixabay

Ce qu'il faut savoir : La Cour suprême américaine a statué à l’unanimité (8–0) que Chevron pouvait transférer vers un tribunal fédéral l’affaire où un jury de Plaquemines l’avait condamnée à 745 millions de dollars pour dégradation des marais côtiers. Cette décision ne porte pas sur la responsabilité environnementale, mais sur la juridiction compétente. Elle permet aux compagnies pétrolières de réexaminer des condamnations prononcées depuis les années 2010, retardant potentiellement l’accès aux fonds nécessaires à la restauration du littoral.

Pourquoi c’est important : La Louisiane a perdu plus de 5 000 km² de zones humides depuis les années 1930, et les collectivités comptent sur les poursuites judiciaires pour financer des projets de restauration évalués à plus de 50 milliards de dollars. Le transfert vers les tribunaux fédéraux est perçu comme un avantage pour les compagnies pétrolières, souvent mieux défendues dans ces juridictions. Cette décision pourrait affecter plusieurs affaires en cours et retarder l’exécution de condamnations locales déjà prononcées.

Pourquoi ce n’est pas si simple : La décision est strictement procédurale : elle ne blanchit pas Chevron et ne remet pas formellement en cause le verdict initial. Les entreprises invoquent des contrats fédéraux datant des années 1940 pour justifier la compétence fédérale, tandis que les collectivités locales estiment que ce changement crée une incertitude juridique et allonge des procédures déjà longues, parfois supérieures à 10 ans. Les débats portent donc autant sur la compétence que sur la capacité réelle des juridictions à traiter efficacement ces dossiers complexes.

La France ne connaît pas de transfert d’affaires environnementales vers une juridiction «plus favorable». Au contraire, la jurisprudence a renforcé la responsabilité des pétroliers : en 2012, la Cour de cassation a confirmé la condamnation de Total dans l’affaire Erika, avec plus de 200 millions € de dommages et intérêts et la reconnaissance du préjudice écologique**. Depuis 2016, ce préjudice est inscrit dans le Code civil (articles 1246–1252). Les juridictions spécialisées créées en 2020 et les contentieux climatiques récents contre TotalEnergies montrent une tendance inverse : un élargissement des possibilités d’action contre les entreprises pour dommages environnementaux.

ENVIRONNEMENT JUSTICE

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